Dormir cent ans

Théâtre Paris-Villette

  • Date Du 14 juin au 2 juillet 2016

À lire le titre de ce spectacle et à entendre le prénom de son personnage principal, Aurore, c’est tout l’univers de La Belle au bois dormant qui nous revient en mémoire. Mais ici, ni fuseau d’une quenouille ni château endormi. Le conte de fée est laissé de côté pour rendre hommage à ces périodes de sommeil qui façonnent notre imaginaire et nos fantasmes. Quels sont-ils ces rêves qui animent une jeune fille de douze ans et un garçon timide de treize ans ?
Tous deux délaissés par des parents débordants d’amour mais débordés de travail, Aurore et Théo se construisent seuls : leur enfance derrière eux, leur adolescence en ligne de mire. A qui poser ces questions qui les taraudent ? Dans quel sens tourne-t-on sa langue lorsqu’on embrasse ?  Comment se fait-on de nouveaux copains ? Pour rompre avec la solitude, Théo s’invente un ami imaginaire, le Roi Grenouille, héros de sa bande dessinée préférée (magistralement interprété par Nicolas Chupin). Aurore, elle, ne peut s’empêcher de compter. Le bruit martelant des chiffres lui est plus doux que celui insupportable du silence.
Toute cette première partie, très réussie au niveau de la dramaturgie et des dialogues, annexe à l’humour une réalité mordante mais jamais névrosée. Dans la relation à l’autre, Aurore et Théo font l’expérience des prémices de la séduction et de l’attirance physique voire sexuelle. Abordés avec finesse, ces apprentissages ouvrent la porte à des rebondissements multiples. Or à cet endroit du texte, l’auteure coupe l’herbe sous le pied de ses personnages. Elle donne un véritable croc-en-jambe à sa pièce pour la faire basculer dans un onirisme, certes d’une grande qualité esthétique, mais sans liant avec ce qui s’est noué lors de la situation initiale. D’une veine plus Lewis Carroll que Belle au bois dormant, à cause du lapin géant intriguant, la scène s’aventure dans des jeux de perspectives et de projections éblouissants. Aurore chevauche un tigre et apprend à rugir pour mieux se défendre dans la vie. Théo lui s’autorise à pleurer sous l’ombre protectrice d’un saule… pleureur. Au réveil bien entendu, les deux héros qui se sont rencontrés en rêve nouent une amitié-amour solide pour affronter ensemble l’avenir.
Arrivée de manière brutale dans la narration, cette deuxième partie onirique nous laisse un goût d’inachevé en bouche, comme si la solution aux problèmes de croissance ne se trouverait qu’en rêve. Quant à la réalité ? Il faudra la découvrir par soi-même. Un parti-pris pas inintéressant mais sûrement amené sans ménagement pour les jeunes spectateurs.

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