Elle pas princesse, lui pas héros

Actes Sud-Papiers

  • Date de publication : Le 20 janvier 2016
  • Auteur Magali Mougel
  • Illustrations Anne-Sophie Tschiegg
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Lignes de punition (Nils)

JE suis Tarzan

Donc TU n’es pas Tarzan.

Il n’est pas Tarzan.

ELLE est une princesse.

NOUS sommes les meilleurs.

VOUS avez perdu.

ILS sont vraiment trop jaloux.

 

Lignes de punition (Leïli)

J’ai le droit de porter un K-Way de garçon.

J’ai le droit de gagner au jeu d’orientation.

J’ai le droit de pleurer quand je suis triste.

J’ai le droit d’aimer la forêt, la bouillasse et les courses d’orientation.

J’ai le droit de préférer les chaussures de rando.

J’ai le droit de ne pas aimer q’on me jette des billes.

J’ai le droit de ne pas aimer qu’on me dise que je suis un monstre.

J’ai le droit de bien aimer Cédric même si je ne ressemble pas à Chloé.

 

Les petites filles, ça aime les robes de princesse, le rose et les histoires d’amour. Les petits garçons, ça se bagarre, ça aime courir et ça ne pleure jamais. Ah oui ? « Bah oui, mais non » rétorquent à leur manière, maladroite et innocente, les trois écoliers de Elle pas princesse, lui pas héros. Avec ce texte à destination des plus jeunes, Magali Mougel met ses deux pieds bien à plat dans la grande marmite du genre. Commande d’écriture, cette pièce construite sur trois monologues entend tordre joliment le cou aux clichés et stéréotypes sur l’identité à ceux qui en sont les premières victimes : nos chers petits êtres en devenir. Une vraie réussite !

 

D’un côté, Leïli. « Leïla, j’fais pipi au lit !!! ».

De l’autre, Nils. « Une tête d’escargot ».

Entre eux deux, ça n’avait pas bien commencé. Nils a pris Leïli pour un garçon. Quant à Leïli, elle ne supporte pas cet « énergumène » qui se met à pleurer pour un rien. Or comme dans toute belle histoire, un élément déclencheur va bousculer la donne : une course d’orientation combiné à un jeu de piste. Obligés de faire équipe, les deux rebuts de la classe vont paradoxalement former une escouade de choc, remportant toutes les étapes. En bref, voici la naissance d’une amitié solide.

 

Une intrigue téléphonée, direz-vous ? Elle est surtout prétexte à nourrir des répliques savamment jouissives. Drôles et piquantes à la fois, les phrases fusent, comme ces réflexions que ces enfants disent tout haut; la barrière pudique entre la pensée et la parole n’étant pas encore totalement établie. A travers l’histoire de leur amitié, Nils et Leïli nous embarquent dans leur quête d’identité. Comment ressembler à cette image d’enfant parfait, conforme, ce moule dans lequel les parents veulent nous faire entrer de force ? Comment assumer à un âge si fragile et plein de questionnements celui que l’on est sachant par avance que cela décevra ceux que l’on aime ?

 

Le tact prévaut ici. Evitant à son lecteur les topiques autour des grandes ambitions et les envies révolutionnaire de bouleverser le monde qu’on attribue souvent aux héros de la littérature jeunesse, Magali Mougel livre un texte doux-amer sur les travers de l’enfance, ses grands malheurs et ses petites joies, ou inversement. Par l’intimité de ses personnages, la dramaturge sonde les plus jeunes, encore bousculés par les débats autour du mariage pour tous, les mairies qui offrent un sac rose aux petites filles et un sac bleu aux petits garçons ou encore tous ces catalogues de jouets qui imposent à chacun les jeux auxquels ils peuvent ou ne peuvent pas prétendre.
Montée en janvier au Fracas, CDN de Montluçon, par Johanny Bert, la pièce s’est vue enrichie d’un troisième personnage pour la parution chez Actes Sud : Cédric. Grand, fort, il suscite l’admiration de tous, parents, camarades, maîtresse… Mais la carapace cache souvent des fragilités que le jeune premier va découvrir grâce aux escargots.

 

Trois parcours d’enfance sous forme de monologues, trois parcours de vie qui se percutent de plein fouet et se répondent sous le préau d’une école primaire et autant de champs des possibles pour faire comprendre aux petits spectateurs et aux grands butés qu’à tout âge, la liberté de choisir est possible.

 

« – Maman, tu savais que les escargots sont hermaphrodites ?

– Oui, mon chat.
– C’est une bonne idée, je trouve; Je trouve ça bien, je trouve. Si j’étais un escargot, je serais pas obligé de me dire que je suis un garçon quand je fais des trucs de fille, parce que, franchement, là je suis fatigué.
Fatigué de faire le Super Chef.
Je vais me concentrer sur autre chose, je crois. »

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