De passage

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  • Date Du 26 mai au 05 juin

Les Tréteaux de France, notre unique CDN ambulant, font leur Grande Escale du 26 mai au 2 juillet au Théâtre de l’Epée de bois (Cartoucherie). Le Souffleur, partenaire du festival, s’engage : interview de Robin Renucci, invitations à gagner, contrepoint et critiques. Aujourd’hui dans notre viseur, De passage, spectacle d’ouverture du festival et fable initiatique sensible.

 

Il n’y a que trois jours importants dans la vie d’un homme :

Hier, aujourd’hui, et demain

 

Nous le savons, nous l’avons appris : l’homme est éphémère. Il naît, vit, et meurt. Entre ? C’est un voyage où chacun dresse sa propre cartographie. Aujourd’hui, l’apprenti géographe et futur pédagogue des jeunes spectateurs, c’est lui : l’enfant. De nom, il n’en aura pas. D’âge ? L’on sait qu’il joue encore avec ses figurines articulées et qu’il n’a plus vraiment peur du noir. Neuf, dix ans ? Un brin taquin, un brin aventurier, ce petit garçon plein de vie voue une admiration sans faille à sa mère, sa montagne, son roc. Quitte à enfreindre les règles pour se rendre en pleine nuit sur son lieu de travail, le service des soins palliatifs au dernier étage de l’hôpital.

 

A ses côtés, une voix off atypique (puisqu’à vue sous les traits d’un trentenaire) se fait reporter du voyage, qui durera d’un hiver à l’autre. A chaque saison, le narrateur effeuille un bouquet nouveau : marguerites, roses, perce-neiges… Des noms de fleurs égrainés pour symboliser le temps qui passe, qui réjouit mais qui meurtrit aussi.
Car l’enfant va faire l’expérience de l’indicible, tant de nature physique que psychique : une maladie qui lui ronge la tête, pas plus grosse qu’un caillou, et la découverte de son adoption. Le passage de l’enfant n’est dès lors plus seulement un symbole métaphysique (la trace qu’un être laisse sur terre, soit naître, vivre et mourir), mais englobe tous les ponts qu’il est nécessaire de franchir dans une vie (de l’enfance à l’adolescence, de l’adolescence à l’âge adulte, du fils au père, de la maladie à la guérison…), et qui se résume en une seule quête : celle de l’identité.

 

© J.L. Fernandez

 

Voir dans le noir

Toute la scénographie, une maquette géante de théâtre sans rideau rouge mais hérissée d’ampoules, participe à nourrir cette histoire de filiation pour mieux se construire nous-mêmes jeunes et moins jeunes spectateurs. « D’où tu es, si tu regardes bien, tu peux voir dans le noir. Tu peux voir l’enfant seul dans son lit » nous susurre le narrateur dans notre casque. D’un changement de décor, les actants transforment la peur du noir, autrement dit de l’inconnu, en une source d’imaginaire pur. L’enfant spectateur, qui sommeille aussi sous la carapace des adultes, se projette dans ce théâtre marionnettique à échelle humaine. Ombres chinoises humaines et bichromie pour mieux appréhender non pas la rage de vivre (souvent dépeinte après une guérison inespérée) mais le plaisir d’être et l’amour du vivant. Moins théâtre pourvoyeur de belles images que boîte à malices, cette mise en scène tire son spectateur bien plus loin : il en fait un acteur-créateur de la représentation. Pour les plus fébriles des univers fantasques, les jeux sur les proportions, les changements d’échelles et la sensation d’apesanteur sauront les raccrocher à ce spectacle allégorique.
« Il n’y a que trois jours importants dans la vie d’un homme :

Hier, aujourd’hui, et demain » conclut le narrateur.

 

Hier, l’enfant, c’était lui.

Aujourd’hui, il joue devant nous, raconte son histoire avec une oralité époustouflante comme sait si bien l’écrire le dramaturge Stéphane Jaubertie.

Demain, c’est sûrement une belle continuation qui attend ce conte initiatique, incroyablement interprété par cinq comédiens manipulateurs de beauté et de cruauté, comme dans les contes. Comme dans la vie.

 

Photo © J.L. Fernandez

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