Page en construction

Théâtre de l'Aquarium

  • Date Du 10 au 22 mai

Page en construction, c’est d’abord la rencontre entre un auteur, fabrice Melquiot et un metteur en scène Kheireddine Lardjam. Le mot juste serait « rapport » entre deux mondes parallèles, d’un coté les mots et de l’autre les joueurs de mots. Les mots ici sont percutants et provocateurs.

 
« Mais, plutôt qu’écrire la pièce vers laquelle Kheireddine m’orientait, j’ai préféré jouer avec lui. Comme un boxeur lance un défi à un autre boxeur, genre : voyons ce que t’as dans le ventre. Je ne le cache pas : ma démarche est perverse et arrogante. La Guerre d’Algérie, ce n’est pas le sujet. La notion même de « sujet » m’échappe. Le « sujet » d’une œuvre, c’est toujours le vrac, dont la définition change à mesure que se déplace le regard qu’on pose sur l’œuvre, et à mesure que le temps l’use. Le sujet, ce sont des accidents aux conséquences maîtrisées.» Fabrice Melquiot.

 

Le ton est donné, les mots déshabilleront le metteur en scène jusqu’à l’os, au sens propre comme au sens figuré. Ils lui feront incarner son propre rôle sur scène, ses désirs, ses fantasmes, ses doutes, ses croyances, ses contradictions.

Seulement voilà, Kheirddine Lardjam ne sautera pas seul dans la fausse, il sera accompagné de trois musiciens qui eux aussi goutteront au plaisir de passer de l’autre coté. Là où ce spectacle pouvait frôler une auto-analyse égocentrique, il y échappera d’abord par la pertinence du propos, l’autodérision, la générosité et la sincérité de son équipe artistique.

 

Un plateau nu ou presque, le spectacle commence tel un concert de rock, la musique porte le texte, le texte jongle entre l’histoire d’Algéroman (un personnage directement inspiré de la vie du metteur en scène algérien) et les commentaires au fil du processus de création (des dialogues entre l’auteur et le metteur en scène, entre le metteur en scène et ses musiciens devenu comédiens). En somme, Kheirddine Lardjam, prend le texte au mot, il met l’auteur face à son inspiration.

 

La où l’on pourrait dire que cette création englobe beaucoup de choses déjà vu, notamment dans la critique du théâtre contemporain, dans cette chose qui consiste à faire du théâtre contemporain une critique du théâtre contemporain, cette création y échappe à mon sens en un point, c’est qu’elle plonge le spectateur dans le processus de création. Elle ne crée pas en faisant une critique du théâtre contemporain, elle crée en faisant une critique de ce qu’elle est en train de créer. C’est grâce à cette autocritique, à cette dérision que la connivence avec le spectateur naît et grandi à mon sens.

 

Des projections en fond de plateau illustrent les dessins du fils de Kheirddine Lardjam : des supers héros. « C’est qui ça mon fils ? C’est Hulk Papa ! »

 

Hulk, Alias Dr Robert Bruce banner est un personnage de fiction signé Marvel Comics, maison d’Edition de bandes dessinés américaine. Thor, dieu du tonnerre dans la mythologie nordique. C’est aussi un super héros de la société Marvel comics. Batman, encore une création signé Marvel Comics. La notion de super héros ici fait référence au mythe du messie et au multiple lecture fantasmatique qui en découle. Elle fait également référence à la culture occidentale, pour ne pas dire américaine, du super héros qui par la guerre, fait la paix.

 

En somme, cette histoire Algéromanesque nous prendra à contre pied en ouvrant le champ des possibles. Elle désamorcera et rira de l’idée fantasmatique d’une virilité mensongère. Vous savez, cette virilité dont on nous bassine dés l’enfance, jour après jour sur les plateaux de cinémas ou dans les panneaux publicitaires.

Cette virilité qui confond méthodiquement être et paraître. L’être ici, c’est Kheirddine Lardjam, un metteur en scène venant juste de l’autre coté de la méditerranée, à quelques centaines de kilomètres des frontières françaises, pour partager son univers. Le paraître ici, c’est Algéroman un super héros venant de très très loin, mais genre complètement de l’autre coté de la méditerranée pour sauver l’humanité en construisant un gigantesque pont entre l’Afrique et l’Occident. C’est ce jonglage permanent entre caricature et sincérité qui accompagne l’écriture de l’auteur et l’incarnation des acteurs. Comme si tout le monde, y compris le public avait un pied à l’intérieur et l’autre à l’extérieur de la scène.

 

Et c’est ainsi, sous la dicté et les yeux fascinés de son Fils qu’Algéroman, tout de blanc pure vêtu, scionne les rues du Creusot en Bourgogne pour faire régner l’ordre public et le « bien » autour de lui. Dans son épopée, il essayera de convertir un cleptomane aux mœurs du code civil et se heurtera à un homme cagoulé qui veux faire de lui un islamiste radical. Algéroman est très vite dépassé par son costume, il devient contre productif jusqu’au moment où : Grace à son costume et aux fantasmes de la subventionne-use (incarnée par Kheirddine Lardjam) complètement sous la charme de la grosse quéquette d’Algeroman, il réussi à décrocher des subventions et sauver sa compagnie de théâtre.

 

Qui n’a jamais rêvé au moins une fois dans sa vie de sauver le monde et de gagner la reconnaissance éternelle ? Qui ne s’est jamais identifié aux héros de dessin animés et des films hollywoodiens ? Nous sommes tous une bande de fantasmeurs plus ou moins avertis, nous revenons et l’émotion par l’image nous transporte au plus haut sommet du désir préfabriqué dont nous subissons la chute un peu plus tard.

 

Cette histoire d’Algéroman a le mérite de nous mettre face à nos constructions mental es quant à l’homme maghrébin, à notre perception d’une culture autre. Elle nous fera voyager à domicile pour nous faire entendre que qu’elle que soit notre ou nos cultures nous courants derrière les mêmes préoccupations et lorsque nous refusions l’une de ces cultures, nous passons tout de même par les schémas même de cette culture que nous réfutons.

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