Didon et Enée

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Douce et fragile adaptation de l’unique opéra d’Henry Purcell, entre les murs grisâtres d’une cantine d’université… Aux premières notes d’un clavecin, nous voilà dans les cordes de Sir Purcell ; aux premiers échos aquatiques, ce sont les rivages de la Mer Méditerranée qui nous ouvrent leurs bras. Face à nous, lumières blanches et froideur d’une cantine universitaire, cadre physique, presque chimique à la fabuleuse passion d’{{Enée et Didon}}.

La {{Compagnie Manque Pas d’Airs}}, ni d’idées, jeune et audacieuse, réinvente le mythe du voyageur et de la Reine de Carthage, le cuisine et le colorise à sa façon. La recette musicale est la même mais de nouveaux ingrédients s’ajoutent et se mélangent avec finesse pour une cuisine presque moléculaire.

Plein d’une lenteur solennelle, les personnages évoluent dans une atmosphère aquatique aux couleurs pâles, en filigrane, auxquelles s’accordent l’élégance épurée des costumes gris et bleutés d’{{Aline Ehrsam}} et la création sonore, physique et minérale de {{Martin Fouilleul}} et {{Olivier Rosset}}. La passion et le destin de ces amants d’un jour se jouent tout en finesse, comme la préciosité du clavecin de Purcell que nous interprète {{Camille Delaforge}} et les voix enchanteresses des comédiens allant de la basse au haute-contre. Mais aussi en tableaux, en images, qui, comme celles des contes, restent sans cesse en mouvement, apparaissent et disparaissent. Peut-être trop vites, trop fantomatiques. On aurait préféré que tous ces instants restent en tête un peu plus longtemps, que le mythe nous émerveille une nouvelle fois de ces figures éclatantes. Ces figures d’opéras, perdent leur feu mythique dans trop de finesse et d’esquisses mouvantes, c’est là que le bas blesse.

Ce bas justement, qu’enlève avec érotisme l’inaccessible {{Didon}} jouée par {{Johanne Cassar}}, dans un moment de tension sensuelle, où l’idée scénique est poussée jusqu’à son accomplissement, pour qu’elle se dévoile au sens propre comme au figuré. Ces scènes d’un érotisme chaste entre les deux amants, qui ne disent rien, qui en montrent juste assez, réussissent à dévoiler leur passion brûlante. Ces éléments prennent alors vie. C’est cette chaleur, que l’on aurait aimé voir plus marquée, dans cette mise en scène audacieuse, où les bonnes idées ne manquent pas. Le bouillonnement créatif est bien là : La lumière qui, soulignant les silhouettes des personnages, se met elle-même en valeur ; le cabinet de l’enchanteur aux réactions chimiques et musicales ; sans oublier cette figure finale, magnifique, de Didon enveloppée par le voile de son destin, tout droit sortie de l’imaginaire de {{Klimt}}, qu’un coup de pinceau aurait rendue plus magique encore. Il ne manque qu’une pointe d’épices révélatrice, pour ne pas rester sur sa fin.

Cette adaptation contemporaine révèle peut-être qu’au fond le mythe n’existe plus, il s’est noyé dans le gris ambiant et la transparence des images d’aujourd’hui. Il n’en reste alors que les reflets argentées d’un autre âge.

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