TU

Le Monfort

  • Date Du 24 mars au 3 avril 2016

TU est une pièce d’acrobatie et de danse qui traite d’un accouchement tragique, celui d’un garçon dont la sœur jumelle est morte dans le ventre de sa mère. A travers ce sujet traumatique, c’est de la naissance et de la mort dont le danseur s’empart.

Les deux thèmes dialoguent ensemble tout le long du spectacle. Le metteur en scène Olivier Meyrou utilise ici la vidéo et le son. La danse sera quant à elle une danse réellement angoissée. Au départ, nous avons un espace blanc posé à même le sol et progressivement, un danseur  en sort, se débat, dans une sorte de papier mousseline blanc, froissé. Le blanc du papier, qui servira de matériau, pendant la durée de la pièce est létal, c’est un blanc « d’hôpital ». Ce papier symbolise bien la fragilité de l’acteur dansant, qui navigue dans les eaux du passé.

Puis on entend une voix, celle de la mère. Elle raconte d’une voix chevrotante que l’un de ses enfants, une fille, est morte dans son ventre. Cela lui semble étrange de raconter cette histoire après tant d’années. Le danseur revit donc sur scène cette  vie « d’avant » la naissance, durant laquelle il aura côtoyé, pendant trois jours, sa sœur jumelle, dans le ventre de sa mère. Avec cette mort, c’est en fait de la (re)naissance du danseur dont nous devenons les témoins.

TU est une pièce en trois mouvements. D’abord, nous sommes à l’intérieur du ventre, puis l’enfant est en train de naître, et, enfin il sort, à l’extérieur et libre. Quand la mère, Erika, parle au tout début du spectacle – sa voix a été enregistrée par son fils Olivier – le danseur se trouve face à un cocon blanc, qui symbolise sa sœur. Des images sont projetées sur trois bandes de papier mousseline qui descendent au sol. La danse de Matias Pilet est condensée, telle celle d’un enfant qui n’a pas encore la mobilité et qui se fracasse d’un endroit à un autre de la scène. Et elle devient progressivement aérienne. L’aspect général de la chorégraphie est aussi assez sombre.

Nous assistons à un très beau moment quand le danseur (Matias Pilet) se trouve face à trois ventilateurs qui le propulsent de l’autre côté du plateau. Il fait ainsi face au vent, comme dans le ventre de sa mère, aspiré par le monde extérieur et par la vie. Il s’agit pour nous d’une scène d’accouchement. Olivier Meyrou nous met face à un très beau moment de suspension dans le spectacle qui peut évoquer une scène originelle, pré-natale, « pré-historique ». Ce sera pour lui une deuxième naissance, sublimée sur scène, par le corps. Puis la Re-naissance a lieu. Le danseur se libère. Face à la fragilité du papier mousseline, il devient vivant.

TU est aussi une pièce la façon dont nous pouvons dépasser le traumatisme et le surmonter. Ici, le danseur fait le choix de l’acrobatie et de la danse. Le corps devient le medium des émotions, des choses du passé et refoulées. En outre, nous avons l’impression de participer à une forme de rituel, de chamanisme. En outre, faire revivre l’accouchement, c’est un moyen de renaître à soi-même, non plus séparé de l’autre mais avec lui. Rendre à la vie la part de soi que l’on a tuée, voilà un projet que TU semble réaliser à merveille, dans un véritable processus de maïeutique, c’est-à-dire d’accouchement de soi au monde.

© photo : Olivier Meyrou

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