Lulu

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Rouge Passion. Rouge Honteux. Rouge Sang. Approchez, allez-y, approchez. Rentrez par cette petite porte, elle est là, de l’autre côté. Bienvenue dans le manège de Lulu, manège du désir et des images délirantes. Attention les garçons, attraction des pulsions !
Lulu, nom enfantin pour cauchemar d’une vie. Elle vous attire unique, précieuse et brûlante comme une étincelle, mais se révèle multiple, reflet d’un désir qui n’appartient qu’à l’homme. Elle n’est pas Lulu, elle est ce que vous en faîtes, elle sait et fait ce qu’elle veut de vous. Lulu est petite fille, animal, femme fatale ou grande dame. En fait, elle n’est que poussière, cendre brûlée par la vie, et qui, tâchant l’esprit des hommes, les conduit dans la folie, jusqu’à leur mort.

{ {{« C’est fou, c’est démentiel, mais ça peut arriver ! »}} }

Folie visuelle, dégoût verbal. {{Stéphane Braunschweig}}, joue sur la frontière entre le sale et l’immonde, évitant avec brio, la trash attendu à la lecture du texte de Frank Wedekind, exposant tous les tabous sexuels de la fin du XIX° siècle. Oscillant entre propreté visuelle, et saleté du verbe, il ancre le regard du spectateur dans un monde saturé, subliminal, presque sous stroboscope.

Un univers peuplé d’images et de mythes, même cinématographiques, on y retrouve toutes ces images de femmes, désirées et indésirables, à travers le temps. Tout d’abord, Pandore, image originelle de la pièce de {{Wedekind}}, qui laisse s’échapper de sa boîte les maux de l’humanité, laissant l’espérance intacte dans l’obscurité ; mais aussi la sulfureuse Lolita héroïne de {{Nabokov}}, et la célèbre Mia Wallace, Uma Thurman dans Pulp Fiction. On retrouve un peu de {{Quentin Tarantino}} dans l’esprit de {{Braunschwheig}}, une mise en scène du grotesque, brute, sans concession, et un appétit des contrastes. Chaque tableau, défilant sur la scène transformée en plateau tournant peuplé de miroirs, est animé de couleurs, de lumières, d’ambiances, ne laissant aucune part d’ombre à ce recoin sombre, ce pli monstrueux et primitif dans l’esprit des hommes. Comme ce drap froissé, souillé sur ce lit de malheur, au centre de la scène et cœur du propos de la pièce.

Performance. Plus de 3h30 de tension, et de prétendu relâchement qui n’est qu’attente désirant de connaître la suite de cette vie éclatée. Tous, comédiens et spectateurs, sont plongés dans cette fascination pour Lulu. C’est l’inaccessible et frétillante {{Chloé Réjon}} qui incarne avec force et ambiguïté Lulu, toujours quelque part, sur scène ou hors scène, celle que l’on attend, dont on veut connaître les exacts mouvements et envies.
On se retrouve alors dans chacun des hommes et même femmes qu’elle a le malheur d’effleurer : dans ce père fantôme à lunettes noires, diaboliquement interprété par {{John Arnold}}, ou dans cet autre père, soucieux d’une certaine « éducation », paternel et pédophile, cocktail détonnant que propose avec beaucoup de finesse et de prestance, {{Philippe Girard}}, et enfin dans la douceur androgyne de {{Claude Duparfait}}, homme incarnant la Comtesse Marta Von Geschwitz, l’amoureuse lunaire de Lulu.
Tous les comédiens, emportés par le cercle vicieux et le tourbillon de sensations, réussissent à donner avec justesse, forme humaine à cette tragédie-monstre.

Les images sublimes et subliminales tournent, virevoltent, sous la violence rythmée des situations, tout en se laissant bercées, par ce rire jaune, grinçant, face au grotesque de l’existence.

Le jeu est terminé. Le manège se referme sur lui même. En sortir, euphorique et nauséeux, exténué et fasciné.

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