Loki – Pour ne pas perdre le nord

L'Etoile du Nord Théâtre

  • Date Du 29 mars au 16 avril

 

« Au commencement il n’y avait rien.
Il n’y avait rien car rien n’avait commencé.
La vie n’existait pas. »

 

Résonance des points cardinaux.

A l’ouest, rien de nouveau. Mais au nord, si, et un spectacle de qualité.

Jusqu’au 16 avril, le théâtre de l’Étoile du Nord accueille une pièce qui file droit dans la bonne direction : Loki, pour ne pas perdre le nord. Autrement dit un feuilleton mythologique conté et musical né sous une bonne étoile.

 

Tranchant et doux à la fois, guttural et suave en même temps, l’accent suédois de la comédienne et musicienne Linda Edsjö annonce la couleur : il sera question de mythologie nordique. Sur un plateau nu, ses mots mêlés à ceux en français d’Abbi Patrix plantent le décor. De leurs voix naissent Muspel, espace de flammes, Niflheim, terre du froid et Ginnungagap, le néant. Soit la création du monde, des géants et des dieux. S’ensuivent irrémédiablement les premières dissensions et donc les premières guerres. Après de longues batailles, les géants occupent désormais Utgard, le monde du dehors. Les Dieux, eux, se sont réfugiés à Asgard, le monde suspendu au dessus de tout, auquel ils accèdent grâce au Bifrost, un pont en arc-en-ciel. Entre les deux demeurent les hommes, dans Midgard.

 

Et Loki dans tout cela ? Ami et ennemi des dieux, Loki est un géant accueilli à Asgard par Odin, père de toutes choses, car il voit en lui le déclencheur du Ragnarök, la fin de monde. Frères de sang, Odin et Loki veillent l’un sur l’autre. Mais Loki demeure un être malveillant, double, versatile. De ses frasques, les dieux sont victimes. De ses solutions aux problèmes qu’il engendre lui-même, ses victimes se réjouissent. Élément perturbateur de la sérénité des dieux comme élément libérateur, Loki est l’être le plus ambigu qu’il soit.

 

Parole performative

Dans cette pièce narrative tout en trucs et astuces, la parole se fait performance. Il suffit qu’ils soient évoqués pour que les personnages prennent la forme que chacun des spectateurs souhaite leur donner. Car ce spectacle se savoure les yeux mi-clos : au plateau et dans notre imagination. L’espace de représentation double provoque ainsi une douce sensation d’hallucination. Ici, le laisser-aller, le relâchement contrôlé est nécessaire pour apprécier au mieux les chimères qui y sont contés.

 

Autour d’une longue table, véritable planche de travail du spectacle, les deux acteurs transforment leurs mains, une bille, une drôle de sucette, des cailloux… en instruments. Frappant, caressant, frôlant ou griffant la surface plane de cette table musicale, ils nous livrent des numéros de poésie sonore et visuelle. Une ambiance électroacoustique pour suivre les aventures de Loki, 7 saynètes au total, et autant de constructions et destructions de la part du héros, jusqu’au Ragnarök final et inévitable dans lequel dieux et géants périront. Détruire, réparer, contourner la mort future, ces actes transpirent fortement les obsessions humaines. Et si Loki n’était qu’un miroir de notre propre humanité ? C’est en tous les cas à cela que tendent Linda Edsjö et Abbi Patrix dans ce spectacle où l’adresse au public est récurrente. Proposition humble et pourtant truffée d’heures de travail, cette représentation de la compagnie du Cercle est un délice pour les amateurs de contes, qui, s’ils le souhaitent, pourront repartir avec le texte imprimé de la pièce pour 10€.

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