IDEM

Actes Sud-Papiers

  • Date de publication : Novembre 2015
  • Écriture collective: Les Sans-Cou
images-1

RÉSUMÉ :
 
« Lors d’une prise d’otage dans un théâtre loin de chez lui, Julien Bernard subit un choc et perd subitement la mémoire. Venu assister à la représentation meurtrière, il est enrôlé parmi les assaillants rescapés. Après quelques mois passés à leurs côtés, il regagne la France et s’efforce de recomposer son identité. Vingt ans après, Sam, sa fille tente de le retrouver pour lui rendre son passé. Gasper Kasper, auteur à succès, raconte son histoire, étrangement similaire à celle de Julien. »
 
*****************************
 
Comédie grinçante ou méditation comique, Idem est une pièce à multiple facette qui joue de l’écriture comme tremplin pour narrer l’envers et l’endroit du même décor : l’esprit d’un homme qui en a été dépossédé.
 
Ce qui frappe le plus dans cette écriture collective, c’est le cercle vicieux qui s’empare des personnages. Partant d’un drame (la prise en otage au théâtre de Jacobia, rappelant celle du théâtre de la Doubrovka, à Moscou en 2002), le destin des protagonistes s’en trouve définitivement bouleversé. Entraînés très loin d’eux-mêmes, ils tentent d’y revenir douloureusement par l’exercice de la parole.
 
« L’acteur central », Julien Bernard, perd le contrôle d’une vie encadrée par une femme et une fille. Femme qui devient folle et meurt, fille qui cherche sans chercher ce géniteur absent. Ici l’identité passe par la mémoire. Qui devient-on lorsque l’on se retrouve amputé de ses souvenirs ? Les perspectives deviennent alors multiples : usurpation d’identité (Gaspard Kasper), changement du cours des événements (Julien devient terroriste malgré lui, au service des agents qui l’ont privé de tout).
 
Tentative désespérée de mettre côte à côte les morceaux du puzzle pour reconstruire un visage, une pensée. Julien Bernard n’est plus rien sans la somme des connaissances que chacun a de lui et qui ne lui appartiennent plus. Schéma vertigineux : le père ne se souvient plus de sa fille et lui confisque, malgré lui, ses origines. Le mari ne se souvient plus de sa femme et anéanti, contre son gré, l’amour et l’être aimée qui se souvient pour deux, dans l’absence de l’autre. Celui qui prétend être Julien (Gaspard Kasper) lui fait perdre des années en profitant de son amnésie. Le drame devient alors best-seller, objet d’une rhétorique verbeuse et pédante offerte à l’attention de spectateurs fantômes. Et toutes ces crises intérieures restent les conséquences d’un événement extérieur auquel personne ne souhaitait participer.
 
Catherine Robert (journaliste à La Terrasse) définit la dramaturgie des Sans-Cou comme une incarnation du « théâtre de l’inquiétude ». Malaise de la jeunesse occidentale qui, pour rester cohérente avec le monde dans lequel elle vit, doit avoir la flexibilité nécessaire pour perdre la mémoire et se souvenir de tout. Car, selon leur démonstration, chaque fragment de la vie de l’un – du familier à l’anonyme – trouve une réponse dans la vie de l’autre.
 
Cet éclatement des temporalités, des lieux et des identités possibles nous entraîne dans un tourbillon virtuose. On sent, derrière le sujet, derrière le texte et les mots, la cohésion des artistes et leur désir de dire des choses vraies, dans une langue vraie, avec un humour et une fantaisie qui leur est propre. Nous sommes émus et quelque part, un peu conquis par cette fausse légèreté, qui s’attarde avec justesse, sur cette problématique moderne de l’identité (les multiples et les singulières).
 
*******************************
 
EXTRAIT :
 
JULIEN : (à cinquante ans). Oui allô.
 
LE CHŒUR : Qui est à l’appareil ?
 
JULIEN : (à cinquante ans). C’est moi.
 
LE CHŒUR : C’est-à-dire ?
 
JULIEN : (à cinquante ans). C’est l’autre. (Un temps.) Tu bois un milk-shake à la banane Gaspar ? (Un temps.) Je voulais te dire merci Gaspar.
 
GASPAR KASPER : Ben non, merci à toi.
 
Un temps.
 
JULIEN : (à cinquante ans). Ça ne te dérange pas de raconter mon histoire ?
 
GASPAR KASPER : Ton histoire ? Mais reprends- la ton histoire si tu veux. Ton histoire. Rien de ce qui t’es arrivé n’a été un choix de ta part. L’endroit où tu es né, les gens que tu as croisés, les événements qui te sont arrivés, Jacobia. Tout est arrivé de manière fortuite. Rien en toi n’est singulier ni original. Tu aurais très bien pu être un autre et j’aurais très bien pu être toi. Si personne ne l’avait racontée ton histoire, elle n’existerait plus, comme si elle n’avait jamais existé.
 
JULIEN : (à cinquante ans). Ça te met hors de toi ?
 
GASPAR KASPER : (au Chœur). Il faut filtrer ce genre d’appel. (À Julien.) N’oublie pas que c’est aussi grâce à moi que tu es devenu ce que tu es devenu.
 
*****************************

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *