La Cerisaie

Théâtre National de la Colline

  • Date Du 2 au 20 décembre 2015
  • De Anton Tchekhov
  • Mise en scène tg STAN
  • Avec Evelien Bosmans, Evgenia Brendes, Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Lukas De Wolf, Bert Haelvoet, Minke Kruyver, Scarlet Tummers, Rosa Van Leeuwen, Stijn Van Opstal, Frank Vercruyssen
  • Lumières Thomas Walgrave
  • Scénographie tg STAN
  • Costumes An d’Huys
image tg STAN

La compagnie tg STAN se réunit une nouvelle fois pour une interprétation « à vue » de La Cerisaie.

 

Dans La Cerisaie, pièce en 4 actes et dernière œuvre de Tchekhov, une famille et son entourage se réunissent dans une maison qu’il faudra vendre. La Cerisaie, c’est cet immense terrain de cerisiers appartenant au domaine familial et auquel sont attachés tant de souvenirs d’enfance.  Entre les propriétaires terriens dépensiers et endettés, le jeune idéaliste féru de liberté et l’amoureuse attendant une demande en mariage qui ne viendra pas, entre les amours déçues, la soif de vie des uns et le matérialisme frénétique des autres, la pièce déborde d’une humanité fascinante. Et pourtant.

 

Sur scène, de grands panneaux-fenêtres à roulettes délimitent les espaces intérieurs, dans un éclat de couleurs et de lumières variées mais toujours harmonieuses. Les acteurs sont bons ; on admire leur aisance et leur grande complicité avec le public ; on salue leur humour enjoué et leur énergie pugnace. Ici, à son habitude et dans l’idée de déconstruire l’illusion théâtrale, la compagnie tg STAN a fait le choix d’une représentation « à vue », autrement dit, il s’agit d’exhiber les coulisses : les acteurs qui ne jouent pas restent sur le bord de la scène ; les décors et accessoires nécessaires à la représentation sont sur le plateau dès le début du spectacle et mis en place par les comédiens eux-mêmes. Au milieu de ce fourmillement complexe, les comédiens se font tour à tour acteurs, techniciens ou spectateurs.

 

Si le procédé « à vue » satisfait un certain voyeurisme, s’il est par ailleurs l’occasion d’un humour assez savoureux (un comédien règle, en parallèle de la scène, les projecteurs, nous expliquant en chuchotant que c’est le soleil qui se lève) et d’une interactivité manifeste avec le public, il tend également à amoindrir la tension dramatique : au milieu de ces allées et venues permanentes, tout devient impersonnel, les confidences ne sont plus possibles et les tableaux de groupe, par absence de contraste, perdent de leur force. Il n’y a plus ni intimité, ni dynamique de groupe : les personnages sont dispersés çà et là, les uns s’entretenant, les autres observant ou encore occupés à mille choses.

 

Ce jeu de rôle a son charme, mais nous laisse un peu sur notre faim : à force de sortir de leur personnage pour nous montrer qu’ils sont des comédiens, la magie s’envole. Au final, rares sont les moments où derrière les fêtards oisifs se révèlent une vraie vie intérieure ou une juste passion. Les motifs de leurs actions nous échappent et on assiste à un ballet d’amourettes et d’intrigues qui finalement nous amuse sans nous toucher vraiment. La frivolité tchékhovienne est bien présente mais ne renvoie qu’à elle-même, elle ne s’ouvre pas sur quelque chose de plus profond, de plus véridique.

 

Par ailleurs, on peut s’interroger sur les limites de la performance « à vue » comme moyen de déconstruire l’illusion théâtrale. Les comédiens-techniciens, en « jouant » avec les codes (lire les didascalies, nous expliquer que le changement de pantalon signifie un changement de personnage…), se prennent à leur propre jeu : en fin de compte, la scène s’agrandit, ne repoussant que plus loin la zone de coulisse, la zone du non-dit, là où la régie et l’équipe technique _ celle qui s’affaire dans l’ombre_ s’emploient à tirer des ficelles d’autant plus invisibles qu’on nous a annoncé leur mise à mort.

 

 

Avec La Cerisaie, tg STAN nous offre une représentation somme toute fort agréable, drôle et pleine d’entrain, démontrant une belle maîtrise de leur style, mais qui néanmoins gagne en extériorité légère et envoûtante ce qu’elle perd en intériorité et complexité des sentiments humains.

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