Personal Jesus

Editions Théâtrales

  • Date de publication : 2015
  • De Sabryna Pierre
  • Titre complet Personal Jesus ou la Nuit où Richey disparut sans laisser de trace
Personal Jesus

Avec beaucoup de talent et d’humour, la dramaturge Sabryna Pierre signe une pièce percutante sur la disjonction entre l’image publique et le soi profond, à la croisée du mystère et de la poésie.

 

La pièce s’inspire d’un fait réel : la disparition inexpliquée, la nuit du 1er février 1995, de Richey Edwards, guitariste et parolier du groupe Manic Street Preachers et véritable rock star. C’est l’errance de sa dernière nuit, parsemée de rencontres, qui nous est racontée dans Personal Jesus. Du chien Snoopy à l’homme au costume à paillettes argentées, de Baby-Lone à la mariée à la grenade, les personnages se succèdent, sympathiques ou fascinants, familiers ou étrangement surréels.  A travers ces rencontres, c’est une véritable quête d’identité qui affleure, une quête de soi derrière le personnage public.

 

Richey est une star du rock qui ne se reconnaît plus dans les affiches de lui dégoulinant sur les murs de Londres. Il y a l’image qu’on lui impose et l’imposture de ne pas y ressembler. Seul au milieu de la foule, seul jusque dans sa propre cervelle _ décor du tableau 5_ et jusque dans l’intimité d’une chambre d’hôtel, Richey est et restera incompris des autres : «  RICHEY. – personne ne veut savoir la vérité sur le type qui est guitariste et qui ne sait pas jouer ». Il cherche de l’aide, il cherche son « Dieu personnel » mais, en fin de compte, ne rencontrera que sa propre solitude. Cet appel à l’aide, c’est aussi une manière de vivre son rapport à la mort, latent tout au long de la pièce ; une mort tour à tour triste, belle ou horrifiante.

 

On se régale de la poésie pleine d’humour de Sabryna Pierre, de son écriture vive qui ne s’adonne pas à un pathos bon marché et qui se met au service d’une intensité dramatique très soutenue. Les décors, décrits de manière efficace et concise, laissent place à une scénographie active et mobile. On voyage avec délice entre une épicerie, une chambre d’hôtel, une salle de concert, un lac et une cervelle humaine au rythme des chansons et des cris de la foule.

 

« RICHEY.- je suis

tu es

planté sous la solitude d’un néon qui agonise

LE PAKISTANAIS.- tu veux dire le néon va cramer quoi

RICHEY.- je veux dire ça

mais pas que ça »

 

Un point sombre cependant. Il est désolant de voir que le théâtre reste un bataillon avancé d’un machisme tenace, les femmes y étant ou salopes ou vierges, et à chaque fois toujours passives.

« LA FILLE. – si ma mère n’est pas une salope

pourquoi j’en serais une ?

RICHEY. –  parce qu’elle s’est laissé foutre par ton père »

Ou encore :

« RICHEY. – la liberté n’est qu’une fille de Reading

triste et résolue

qui sait qu’elle va être baisée puis foutue à la porte

qui n’attend rien d’autre que ça »

On s’attriste de ces propos inutilement fielleux qui n’apportent rien à la pièce.

 

En fin de compte, Personal Jesus est une pièce assez visuelle et pleine de fraîcheur, qui témoigne d’une belle maîtrise de l’art dramaturgique. A quand le plaisir de la voir sur scène ?

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