Festival Fragment(s)

Théâtre Paris-Villette

  • Date Théâtre Paris-Villette, 6 et 7 novembre / autres compagnies présentées au Festival : JTN 9 et 10 novembre, T2G - Théâtre de Gennevilliers 12 et 13 novembre, La loge 16 et 17 novembre, 104 18 et 19 novembre et Mains d'Oeuvres 21 et 22 novembre

 

Au programme de cette première soirée du Festival Fragment(s), deux maquettes, deux tentatives, deux ébauches. Et elles ne sont pas du tout au même endroit, autant la première en est encore à ses prémices autant la seconde est déjà plus aboutie.

Mais les deux coexistent parfaitement.

La première proposition est de la Compagnie Les Dupont/d L’enfant Phare, au bout de deux semaines de résidence à Mains d’œuvres, Marion Uguen présente une forme assez audacieuse.

Ici, beaucoup d’artisanat, le son est construit devant nous et forme avec le texte qui se joue, se répète, se transforme, se poursuit, le chemin de son récit. Un enfant abandonné doit descendre du phare où il est perché et découvre que l’eau s’est enfuit (ou l’océan fuit – on ne sait pas très bien et c’est réjouissant). Il partira à la recherche de l’eau dans ce qu’on imagine un périple initiatique mais ça nous ne le découvrirons pas ce soir puisque c’est la suite du projet.

Pour l’heure, le plateau est jonché de cartes postales et autres papiers posés en accordéon, formant des toits de maisons ou des montagnes (à chacun son imaginaire). La danseuse/comédienne forme un cercle avec des cartes (de jeu ou de voyance, là encore à chacun son imaginaire). Toutes ces cartes sont des étapes peut-être ou des mots, des bribes de l’histoire qu’on nous raconte. Marion Uguen en ramassera une à un moment et nous lira le texte écrit dessus.

Chaque objet participe à former le récit tant dans sa forme que dans son contenu. Marion Uguen réunit corps et mots dans de multiples sens et boucles, Benjamin Colin qui l’accompagne enregistre en direct les sons de ses pas, ceux qu’elle crée avec un parapluie ou avec du papier, les sample, les renvoie au public. Le tout formant musicalité et mouvement.

Habillé d’un t-shirt et short noirs et d’un ciré rouge avec de grandes chaussettes montantes et baskets, elle fait appel à notre imaginaire à chaque instant tout en racontant son histoire.

Pas d’image réaliste ici mais une recherche de forme, de tempo, de résonance, qu’on salue grandement. C’est poétique, c’est sincère, c’est prometteur.

On lui souhaite de poursuivre cette belle démarche sans se perdre, et peut-être parfois la retenir dans un peu de concret, à trop nous solliciter, on risque sur une durée plus longue de nous perdre un peu.

 

Pas de risque de ce côté-là avec la deuxième proposition du Collectif 302 Je vous souhaite d’être follement aimé (e//s) écrit et mis en scène par Sophie Bricaire.

Tout débute de façon anonyme par quelques comédiennes, au bar, dans les couloirs ou dans le hall, qui viennent nous raconter comment se remettre d’une rupture. C’est une conversation privée dans la file d’attente ou sur les marches d’escalier. Confession à un ou une spectatrice qui sent que pour lui le spectacle a déjà commencé. Confession anonyme donc qui vous plonge pourtant dans l’intime le plus risqué, le plus fragile que l’on puisse porter : sa douleur d’amour. Ce pourrait être votre bonne copine que vous n’avez pas reconnue et qui s’accroche à vous avec ce besoin de raconter simplement, de dire au monde, à tout le monde, à n’importe qui combien ça a été douloureux.

Puis on entre dans la salle où nous attend sur notre siège un petit mot dans une enveloppe. Je ne sais si chacun a reçu le même, le mien était « La première fois que j’ai fait l’amour, c’était longtemps après que j’aie eu un rapport sexuel. Avant ça n’avait rien à voir… »

Les interprètes sont habillés de noir, ils se sont installés en ligne face au public, assis, entre deux portants de costumes à cour et à jardin. Et dans cette simplicité, tout commence. Chacun déroule des bribes de récits qui s’entrecroisent et parfois les réunissent.

Ils sont neuf, chacun né au milieu des années 80, le rapport à l’amour, à l’autre s’est modifié avec les téléphones portables, internet, les sites de rencontres… Ils sont un peu perdus, il faut le dire.

Avant disent-il c’était simple. Aujourd’hui nous sommes devenus des Netlovers. Aujourd’hui il y a trop d’offre, alors on ne sait plus choisir.

De nombreuses scènes se succèdent, des rencontres, des ruptures, des souvenirs, des explications, un jeux télévisé pour chômeur venu chercher l’amour à la télé, une chanteuse en paillettes… mais tout converge pour dresser le portrait d’une génération fondamentalement seule, qui n’y croit plus, en colère contre les walt disneys et autres mensonges de ce genre, qui se justifie, finalement tinder c’est pas si mal, qui a encore envie d’y croire, qui ne peut pas s’en empêcher malgré tout. Chacun se cherche, se débat et c’est malgré tout joyeux !

Les comédiens sont justes, chacun est présent, la mise en scène repose sur eux, cette simplicité est absolument efficace.

Cela reste une forme courte mais on sent déjà le spectacle, ils le tiennent et ils nous embarquent totalement avec eux. On a envie de les rejoindre sur scène, de leur répondre, de danser et pleurer ou rire avec eux. Ils touchent tout simplement dans le mile, au profond de ce que nous sommes car nous partageons cette génération pleinement avec eux et au fond on vit tous un peu la même chose.

De leur intimité anonyme ils rejoignent l’universel.

Hâte de voir la suite !!!

 

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