Que seul un chien

Editions Espaces 34

  • Date de publication : 2015
  • Auteur Claudine Galea
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On connaît l’auteure pour son texte troublant Au bord, Grand Prix de littérature dramatique en 2011. Destiné à la radio, ce texte a depuis été adapté à la scène et traduit en plusieurs langues. Néanmoins, Claudine Galea s’affirme avant tout comme une auteure de livres. C’est cette force que l’on découvre dans Que seul un chien où la mise en forme et une narration très poétique guident le lecteur.

 

Que Seul un chien est divisé en trois parties, “Images I”, “Images II” et “Magies”, on découvre un texte extrêmement ciselé et précis, où les rares didascalies ouvrent des pistes de lecture. Ainsi, dans “Images I” : “les slash indiquent la possibilité de dire, répéter, superposer les variantes dans l’ordre, dans le désordre, tout ou partie”. Avant même le début de la lecture, ces indications invitent le lecteur à prendre en charge, à mettre en bouche en toute liberté le texte qu’il découvre.

 

“Tu voudrais simplement

quelque chose que

tu n’as pas

Les draps sont froissés

par la nuit

tu les froisses

davantage

Tu veux les tournesols plus jaunes

la pluie

plus seule

les tables plus

abandonnées

la terre plus noire

ton coeur plus brûlant

Tu veux tout et son contraire”

 
Comme un poème en prose, l’écriture de Claudine Galea dévoile peu à peu ses secrets, et si la souplesse suggérée dans les didascalies avec le slash nous fait penser à Martin Crimp, cette utilisation du “tu” se projette directement sur le lecteur. Comme dans le Nouveau Roman, l’auteure semble donner un rôle actif au lecteur. Puis l’écriture se resserre, toujours aussi aérée et glissant sur la page du livre. Peut-être que le “tu” est en réalité un “je” qui voyage sans cesse :

 

“akko ammam amsterdam baie de matsushima baie de somme”

 

Le point d’arrivée est bientôt un nouveau départ, et ce personnage mystérieux semble ainsi fuir un passé, une vie, un(e)amoureux.

 

 

“Tu prends des photograhies

bucarest budapest chicago damas

erice hiroshima île rousse ishinomaki

isla negra jerusalem kiev kyoto”
 

 

Cette vie d’errance que l’on découvre au fil des pages, est celle d’une mère photographe, les voilà les images qui peuplent cette première partie. Puis une toute autre écriture, beaucoup plus dense et narrative, opère un changement de point de vue dans “Images II”, celui de la redécouverte clichés réalisés bien des années auparavant, conservés dans une boîte tout en haut de l’étagère. Elle est désormais mère de famille, et lors d’un moment de solitude, elle plonge dans ces clichés. L’écriture se transforme et Claudine Galea crée un effet d’écriture extrêmement cinématographique, où la frontière entre sa réalité et les clichés se brouille. Ce vertige spatial accompagne un sentiment de culpabilité du personnage, saisissant à la lecture ! Troisième partie : “Magies” et troisième point de vue, celui de l’enfant qui découvre ces photos. Le titre Que seul un chien est également un élément de réponse qui revient à la fin de chaque fin de partie et qui s’explique de façon assez énigmatique en toute fin de texte.
 
Il est difficile de décrire cette écriture qui se fait par strates successives, où les clefs de compréhension sont savamment distillées au fil du texte. Avec une écriture très créative, elle nous donne à voir, à lire, une réalité psychologique singulière. Chaque lecteur aura sans doute une lecture personnelle de ce texte sensible et mouvant et c’est sans doute là sa principale qualité !

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