Le Caveau des Idoles

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{Une toute jeune compagnie, monte sa première pièce : une création sombre intitulée Le Caveau des Idoles, dans le minuscule Théâtre des Deux Rêves. Une histoire d’agonie, d’amour, et d’abandon servie par un montage de textes, riche et enivrant.}

{{A mots, à mort.}}

Un homme à l’agonie, Mesa, revit seul les amours perdues et déchues de sa vie. Ainsi réapparaissent ses figures de femmes, idoles ou présences machiavéliques qui viennent embraser ses derniers instants. Des scènes connus, ou à découvrir, peuplent ainsi le plateau et mettent en place cette atmosphère sombre que l’on retrouve dans certains contes fantastiques : L’homme face à la mort, l’amour, et les hallucinations de la mémoire. Les mots de Baudelaire, Gide, Rimbaud, Shakespeare… sont alors détournés pour créer une matière unique, une vision originale aux écritures multiples. Plus qu’un montage de texte sur l’homme face à l’amour et la mort, c’est un chemin de croix poétique entre humour grinçant et désespoir.

{{Peinture Poétique.}}

Cette ballade poétique, symboliste, dans l’inconscient et la mémoire d’un individu, vise la perte de repère du spectateur. On frôle parfois avec l’absence de lien entre les scènes-souvenirs, et un surplus de surprises formelles, qui peuvent définitivement mettre un terme à l’attention du spectateur et à l’étourdissement de plus en plus marqué dans lequel il est plongé. On pouvait également craindre les clichés sanglants de l’homme poète torturé à l’agonie, mais c’était sans compter sur la force des images. Les lumières imprévisibles, passant d’un blanc diaphane au rouge-bleu criant, n’en sont que plus belles, témoin d’une saturation douloureuse presque physique. Les vidéo-projections colorent les comédiens de teintes mouvantes et nostalgiques. La musique, le chant, des Doors à Mahler, se font comptines et hymnes macabres. La promenade symboliste, sous le joug de la langueur macabre, laisse alors le spectateur faire son chemin entre les mots, se perdre dans les références pour mieux saisir les mouvements et les couleurs.

{{Energie Viscérale.}}

Les comédiens de cette compagnie en devenir, sont aussi les grandes présences de ce caveau des passions encore brûlantes. Dans leur énergie, on ressent cette nécessité d’hurler les mots à la bouche de l’autre pour transmettre toute la force des idylles et des souvenirs. C’est un cri de douleur face à la chaleur de l’amour qui s’évanouit. On pourrait presque se passer de tant de mots, de tant de références à tous ces écrivains, quand l’énergie et la voix de chacun est porteuse d’une originalité. La voix, le corps et les regards de ces comédiens-chanteurs-danseurs sont d’une justesse impressionnante, d’une rigueur de jeunesse éclatante, dans cette peinture noire de la passion.

Un premier spectacle protéiforme et étourdissant porté par une énergie dévorante et passionnelle. Un théâtre à la fois physique et poétique, minutieux et ambitieux. Un chemin à suivre.

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