Antigone

Athénée Théâtre Louis-Jouvet

  • Date Du 22 avril au 14 mai
  • Sophocle nouvelle traduction d’Anne Carson
  • Création en Anglais surtitré en Français
  • Mise en scène Ivo van Hove
  • Décor & Lumières Jan Versweyveld
  • Dramaturgie Peter van Kraaij
  • Création vidéo Tal Yarden
  • Composition & Création son Daniel Freitag
  • Costumes An d’Huys
  • Traduction française Thomas and Neel
  • Avec Juliette Binoche, Kirsty Bushell, Patrick O’Kane, Obi Abili, Samuel Edward-Cook, Kathryn Pogson, Finbar Lynch, Mathias Minne
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Dans l’immensité de la scène du Théâtre de la Ville, la scénographie se présente sous forme deignes, un avant-scène sombre meublé avec un canapé, de étagères basses, puis quelques marches permettant de monter sur la ligne suivante, un plateau surélevé, comme une passerelle allant de cour à jardin, avec une porte en fond de scène, entrée du palais royal de Thèbes.

 

Surgit bientôt Antigone, éplorée et face au vent qui se jette dans les bras de sa soeur Ismène, inconsolable. La pièce de Sophocle démarre juste après le combat fratricide entre Polynice et Étéocle, les fils d’Oedipe qui se sont entretués dans leur lutte pour le trône de Thèbes. Lorsqu’elle entre sur scène, Antigone a déjà décidé d’enterrer coûte que coûte son frère Polynice, dont Créon entend faire un exemple en le laissant pourrir au soleil et aux yeux de tous. Les différentes actions qui composent la tragédie ont lieu hors scène, le duel qui précède immédiatement la pièce, mais aussi la condamnation d’Antigone et le sort qui accable enfin Créon sont tous racontés par le Choeur. Il y a néanmoins une action qu’Ivo van Hove choisit de montrer sur le plateau : l’enterrement qu’Antigone donne de ses propres mains au corps de Polynice. Au centre de la tragédie, ce rituel émouvant et rudimentaire est donc ce qui oppose Antigone et Créon. D’un côté il y a le fragile symbole de l’amour et de cette lignée maudite par les dieux, de l’autre un pouvoir barbare et absurde voué à l’échec.

 

Si les personnages centraux et rapidement identifiables sont Antigone et Créon, la dramaturgie les entoure de façon intelligente : les conseillers de Créon se distinguent peu à peu entre son fils Hémon, Eurydice ou encore Tiresias. Ces deux derniers ainsi que le Garde forment le Choeur tragique, prenant en charge le récit des événements qui se déroulent hors-champ. Le Choeur fait ainsi le récit de la mort d’Hémon, alors même que le personnage est  présent sur scène, peuplant ainsi l’imaginaire éperdu de Créon

 

Le traitement donné aux costumes et à la création vidéo suggère une approche contemporaine ou en tout cas un rapprochement de cette tragédie millénaire, avec des silhouettes modernes projetées en arrière plan qui s’immiscent mystérieusement sur scène — rapprochement un téléphoné entre la cité grecque et nos villes modernes. Parmi ces comédiens exceptionnels, il y a certes Juliette Binoche, mais aussi Patrick O’Kane qui joue un Créon placé au centre de la tragédie, tour à tour irascible et bouleversé, écrasé par le destin. Leur Anglais est très intelligible, l’on en oublie presque l’utilisation des micros, qui créent une dimension intime propre au cinéma . Mais ils n’en abusent pas, bientôt repoussés dans leurs retranchements et nous donnant à voir leur pleine puissance dans ce jeu de passions viscérales et organiques.

 

Et si la création sonore se fait discrète et soutient sans excès l’intrigue, elle se termine en apothéose ! Digne d’un générique de Mad men, Créon semble condamné au coeur des ténèbres, à l’underground pop. Heroin be the death of me.

 

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