Les Écoles d’acteurs de la Comédie-Française

Studio Théâtre - Comédie Française

  • Date jusqu'au 1er juin
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Tout au long de la saison, l’écrivain et journaliste Olivier Barrot reçoit sur le chaleureux plateau du Studio-Théâtre des comédiennes et comédiens de la troupe de la Comédie-Française dont il retrace la carrière. Au cours de cette Master class, l’artiste invité nous raconte ainsi son parcours (ses années d’apprentissage, ses rencontres, ses maîtres, ses méthodes de travail et d’entraînement, sa pratique du métier…). Il nous parle très intimement de son art, du travail de l’acteur vu de l’intérieur et de la spécificité de la Maison de Molière à laquelle il appartient (la troupe, l’alternance, le répertoire).

 

Cette saison, après Cécile Brune, Samuel Labarthe, Florence Viala, Pierre Louis-Calixte, Elsa Lepoivre, c’était au tour de Loïc Corbery de se prêter ce lundi 13 avril au jeu des confidences professionnelles.

 

Olivier Barrot, animateur passionné des Ecoles d’acteurs, nous est notamment connu pour son magazine littéraire quotidien Un livre un jour qu’il produit et présente depuis 1991. Il est également l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages autour du cinéma, du théâtre, du voyage et de la littérature.

 

La particularité de ces rencontres en fait bien plus qu’une Master class traditionnelle puisque, même si la transmission et le partage restent au cœur de cet exercice passionnant, il s’agit de faire parler des comédiens appartenant à la Maison de Molière avec les contraintes et les défis que cela représente. Olivier Barrot insiste donc sur les années de formation et la singularité de chaque acteur, cherchant à comprendre en quelque sorte comment l’on devient un comédien du Français. La date d’entrée dans la troupe reste pour tout comédien un moment inoubliable, son passage du statut de pensionnaire à celui de sociétaire également.

 

Bien évidemment, il pourrait être tentant de parler cinéma lorsque l’on a en face de soi Pierre Niney ou Loïc Corbery, mais Olivier Barrot se garde bien de sortir du cadre théâtral. Ainsi, même si Loïc Corbery est sans doute plus connu du grand public grâce à son interprétation de Clément dans Pas son genre de Lucas Belvaux qui lui valut un beau succès ainsi que le trophée du meilleur acteur lors du Festival du film romantique de Cabourg, le journaliste se concentrera sur ses interprétations des grands rôles du répertoire.

 

Olivier Barrot met également l’accent sur les rôles joués par l’acteur lors de la saison en cours. Cette actualité permet au public des Ecoles d’acteurs ayant vu les pièces en question de mieux comprendre les propos du comédien et l’élaboration des rôles.

 

Ainsi Loïc Corbery, très présent sur la scène Richelieu cette saison avec quatre pièces (Dom Juan dans Dom Juan de Molière mis en scène par Jean-Pierre Vincent, Alceste dans Le Misanthrope de Molière mis en scène par Clément Hervieu-Léger, Le Prince dans La Double Inconstance de Marivaux mise en scène par Anne Kessler et Vlas, Tchernov dans Les Estivants de Maxime Gorki mis en scène par Gérard Desarthe) pourra-t-il nous parler de façon très précise de la manière dont il a abordé et travaillé ces rôles majeurs.

 

© Christophe Raynaud  de Lage  / coll. Comédie-Française

 

Ce lundi 13 avril, Loïc Corbery se prête en toute honnêteté et avec bonheur semble-t-il à l’exercice. L’homme est sympathique, souriant, allant même jusqu’à dévoiler avec humour des qualités d’imitateur que l’on n’aurait pas soupçonnées sous son physique de jeune premier romantique – irrésistible imitation de Jacques Lassalle ! –.

 

A écouter Loïc Corbery et tous les autres, on comprend mieux pourquoi il s’agit d’une troupe d’excellence dont la renommée est plus que légitime.

 

Le comédien a suivi un parcours qu’on pourrait qualifier de « classique », la voie royale en quelque sorte pour intégrer la troupe du Français: après des cours de théâtre amateur et une formation au Cours Périmony, puis au Conservatoire national supérieur d’art dramatique dans les classes de Stuart Seide et Jacques Lassalle, il entre à la Comédie-Française le 17 janvier 2005 et en devient le 519e Sociétaire le 1er janvier 2010. Il y interprète les grands rôles du répertoire :  Perdican dans On ne badine pas avec l’amour de Musset, Cléante dans L’Avare de Molière, Christian dans Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, Petruchio dans La Mégère apprivoisée de Shakespeare, Cléante dans Le Malade imaginaire de Molière…

 

N’oublions pas que ce parcours n’est cependant plus aujourd’hui le chemin indispensable pour intégrer la troupe, comme l’ont rappelé d’autres pensionnaires ou sociétaires lors de précédentes Ecoles d’acteurs. Ainsi le talentueux Serge Bagdassarian n’a-t-il pas fait d’école de théâtre. N’ayant pas appris à dire les vers, il pensait que la Comédie-Française n’était pas faite pour lui. Mais sa passion du théâtre qu’il a pratiquée dès l’école primaire ( jouant Corbacio dans Volpone alors qu’il n’était encore qu’en CM2 ), puis au collège, au lycée, à l’université où il créa un club de théâtre et vingt années de pratique théâtrale – notamment auprès de Mario Gonzalez, spécialiste de la commedia dell’arte et grand maître de masque – l’amenèrent lui aussi à entrer dans la troupe.

 

Loïc Corbery nous parle avec bonheur des deux grands rôles du répertoire qu’il a joués en alternance cette saison : Dom Juan et Alceste. Le premier sous la direction de Jean-Pierre Vincent, dans des costumes d’époque et une perruque très Roi Soleil, le second sous la direction de Clément Hervieu-Léger, dans une mise en scène contemporaine où l’homme aux rubans verts se reconnaît à la doublure verte de son manteau. Il nous parle du travail très différent des deux metteurs en scène : le premier attaquant la mise en scène comme s’il allait escalader une montagne avec bottes et sac à dos, le second pratiquant le théâtre comme de la musique de chambre. Selon lui, ces spectacles ne seraient pas ce qu’ils sont si n’existait cette confiance réciproque entre le comédien et le metteur en scène. Aborder ces personnages auréolés de références ne lui a pas fait peur car il avait une foi totale en ses metteurs en scène et en ses partenaires. Il reconnait aussi que le rajeunissement des personnages a joué en sa faveur : à près de quarante ans, avec son physique de jeune premier,  il n’est plus un novice et a pu s’appuyer sur son expérience théâtrale.

 

L’alternance – ce principe qui amène un comédien à jouer plusieurs rôles en une semaine, parfois même en une seule journée – ne lui a pas non plus posé de problème. Les deux mises en scène étaient si différentes qu’il était ainsi plus aisé de passer d’un rôle à l’autre. Cette alternance oblige les comédiens du Français à une grande gymnastique mentale et physique, à savoir passer sans cesse d’un texte à l’autre, d’une mise en scène à l’autre, d’un personnage à l’autre. Loïc Corbery fait confiance à sa mémoire. Il lui est très facile d’apprendre un texte et tout aussi facile de l’oublier une fois la pièce terminée.

 

Par ailleurs, l’accumulation de rôles fait que les Comédiens Français ont souvent l’impression de passer leur vie à la Comédie-Française et celle-ci n’a jamais démenti son emblème : une ruche et des abeilles, à l’image d’une institution foisonnante. Comme le résume si bien Serge Bagdassarian « Cela ne s’arrête jamais ».

 

© BOUCHON MARMARA SORIANO / Le Figaro

 

Olivier Barrot cherche toujours à savoir d’où vient l’amour du théâtre chez les comédiens qu’il rencontre. D’où vient cette passion du théâtre?  Comment naît-elle ? Elle est différente pour chacun, mais, pour beaucoup, remonte à l’enfance. Pour Loïc Corbery, elle semble surgir de la ville d’Avignon où il a grandi et vu de nombreux spectacles alors qu’il était encore tout enfant, tel Le Mahabharata de Peter Brook quand il avait neuf ans.

 

Loïc Corbery nous parle également de sa loge, de son heure d’arrivée au théâtre qui varie en fonction du personnage qu’il interprète, du rituel avant l’entrée en scène – fuir au plus vite la solitude de sa loge pour rejoindre ses camarades – et de l’héritage de Molière. Ce n’est pas sans émotion et fierté qu’il nous relate ses premiers pas sur la scène Richelieu lors de l’hommage à Molière de l’année 2005, quelques vingt années plus tôt.

 

Chaque année depuis 1821, le 15 janvier, jour du baptême de Molière, la Comédie-Française célèbre son honorable patron. Après la représentation du soir, le buste du grand dramaturge est porté sur le plateau de la Salle Richelieu et toute la troupe au grand complet se réunit autour pour lui rendre hommage. Cette cérémonie solennelle s’agrémente de lectures de poèmes, de pièces inédites et de discours. Un moment riche en émotion.

 

La saison des Ecoles d’acteurs se terminera sur deux autres rendez-vous très prometteurs : le 11 mai avec le talentueux Clément Hervieu-Léger et, le 1er juin, avec la délicieuse et non moins talentueuse Françoise Gillard.

 

Pour celles et ceux qui n’auraient malheureusement pas la chance d’assister à ces Ecoles d’acteurs bien que  le prix en soit plus que raisonnable ( 8€ la place ) – avouons qu’il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir se rendre à 18h30 au Studio-Théâtre sous la Pyramide du Louvre –, une deuxième possibilité leur est accordée lors de rediffusions estivales sur France Culture. Par ailleurs, très bonne nouvelle : toutes les émissions depuis 2009 sont accessibles en podcast sur le site de la chaîne de radio.

 

Auteur : Isabelle Fauvel 

 

Crédits photos

© Christophe Raynaud  de Lage  / coll. Comédie-Française

© BOUCHON MARMARA SORIANO / Le Figaro

 

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