Richard III

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Dans cette salle un peu glaçante des Ateliers Berthier, se joue du 4 au 27 Novembre, La Rose et La Hache, réadaptation ou plutôt, vision nouvelle de l’auteur Carmelo Bene sur l’oeuvre Richard III de Shakespeare. Le travail de Bene, cinéaste et homme de théâtre italien, va au delà de l’écriture, c’est un essai critique sur l’œuvre. Il en démonte la dramaturgie, met à l’épreuve ses constituants et en reconstruit le héros. Le nouveau corps que se fabrique Richard, créateur de sa propre apparence est difforme, fait bandages, de bosses… Georges Lavaudant décida en 1979 de recréer à son tour le montage de C.Bene non pas pour en exécuter la partition, mais pour le traverser à sa façon. Vingt ans après, pour saluer la mémoire de Carmelo Bene, Lavaudant a souhaité réinventer le spectacle, coupant au rasoir le texte de Bene comme il l’avait fait pour celui de Shakespeare. Une version d’une heure, résumé « surdopé » de l’œuvre originale. Richard III, à la veille de sa mort sur le champ de bataille, revoit sa vie, la scène devient alors le réceptacle de toutes les images qui lui viennent, une pénétration dans son espace mental.

En tant que spectateur, on est troublé de se retrouver face à un mur qu’il est difficile de franchir sans les références et la bagage culturel intrinsèque à l’œuvre. En effet, le sens est difficilement accessible aux novices mais, on prend malgré tout, un plaisir immense, on est immédiatement frappé par la puissance de la scénographie. La scène est plongée dans l’obscurité, une sorte de cauchemar, seule la table lumineuse irradie de lumière les dizaines de verres de vin qui la recouvrent. Ces verres représentent autant les personnages auxquels Shakespeare donne vie, que les sujets que Richard III manipule. Tous et toutes finiront emprisonnés, voire décapités, démonstration faite d’une lutte sanguinaire pour le pouvoir : des assassinats en série, comme si chaque marche pour s’élever sur l’escalier de la gloire prenait appui sur le corps d’un mort. Micros, chuchotements, cris, battements du cœur, les protagonistes se livrent et se délivrent sur des airs de mandolines, de musique rock ou techno, de mime et de danses anciennes. On pense vite aux films muets, lorsqu’on voit les secousses, les accélérations des mouvements asséchés, sentiment renforcé avec la présence des stroboscopes.

Les costumes de Jean-Pierre Vergier évoquent les personnages obscurs des contes, un peu revus version gothique. Couronne d’or et cape rouge, Ariel Garcia Valdès (qui est rentré avec ce rôle dans le cercle des figures mythiques du Palais des Papes) joue le roi, diablotin malicieux et inquiétant à la démence proche. Il est tout comme le reste des comédiens, d’un talent rare, il est effrayant de justesse sombre. Georges Lavaudant le metteur en sc ène, brille également en tant que comédien, il semble prendre beaucoup de plaisir et nous le communique par son humour. En réalité notre place de spectateur est très particulière, on est surpris par cette version accélérée, résumée, et boostée du texte de Shakespeare, on en perçoit pas toute l’essence, mais on est fasciné par ces silhouettes étranges, leurs attitudes excessives.

On reste extérieurs à l’action sans jamais y prendre part, pas d’identification, au contraire on reste bluffé, attendant la suite de ce que vont nous faire ces personnages insaisissables. On comprend peu de choses au final, comme lors d’un rêve, mais cela n’a aucune importance, on en prend plein les yeux, on rit, on est sur le qui-vive, attentif à chaque seconde, au cœur même de l’action. A vivre !

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