King Kong Théorie

Autres théâtres

  • Date Du 8 au 10 avril
  • Théâtre de la Jonquière
  • d’après le texte de Virginie Despentes
  • Compagnie 411 Pierres
  • adaptation et mise en scène Emmanuelle Jacquemard
  • avec Marie-Julie Chalu, Célia Cordani, Lu Di, Anissa Kaki, Lauréline Romuald
  • scénographie Pauline Bernard
  • collaboration artistique May Rodgers
King Kong 1

C’est dans une salle pleine à craquer que l’on découvre le travail de la Compagnie 411 Pierres. Les cinq actrices de King Kong Théorie sont déjà sur scène, en peignoir dans un salon de beauté nommé « jungle beauty » et vaquant à leurs occupations aux quatre coins du plateau. Celui-ci est nu et ne contient que quelques accessoires : une commode avec des bouteilles d’eau disposées au fond, une penderie à cour. Bien plus qu’une scène de théâtre, cet espace se transforme peu à peu en un lieu d’expression, telle l’agora, la place du marché, le hall du 104, voire le ring de boxe. Car King Kong Théorie est un essai coup de poing, où Virgine Despentes boxe ses démons, ses expériences et son itinéraire à la fois chaotique et emblématique, souvent présenté comme un “nouveau manifeste pour le féminisme”.

Cette écriture trouve ainsi une justesse incroyable dans son adaptation scénique, qui s’est également révélée dans le très beau Modèles de Pauline Bureau par exemple, qui choisit [choisissait ?] une approche très différente, à base d’interviews projetées de l’auteure et de percussions live. Tout ça pour dire qu’on l’a déjà entendue, du moins partiellement, cette virée cauchemardesque d’adolescentes qui rentrent d’un voyage en faisant du stop — reflet de l’impuissance dans laquelle on place à leur insu les femmes dans notre société. Mais lisez plutôt le texte que la paraphrase…

 

La matière est donc ici organique et le challenge de taille. On reste dans un premier temps accroché au texte proféré, en se demandant ce qu’elles pourront bien d’un texte comme celui-ci, si ce n’est essayer de le dire de la manière la plus juste possible. Elles l’empoignent néanmoins à bras le corps et de façon toujours juste, semblant chercher à éprouver ces mots de façon chorale. L’une d’entre elles met ainsi le feu au plateau dans une version très sexy de Britney Spears, puis mord la poussière une fois confrontée à ses partenaires qui l’humilient après l’avoir encouragée. Dans une prise de risque étonnante, certaines propositions scéniques sont des trouvailles, comme cette sorte de boue blanchâtre à la texture évocatrice dont elles s’enduisent telle une peinture de guerre, et qui devient ensuite un sable mouvant, réceptacle du viol, de l’orgasme et autres fantasmes qu’elles nous jettent à la figure.

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Propulsée sur le devant de la scène littéraire avec son premier roman Baise-moi, Virginie Despentes décide[elle-même de l’adapter au cinéma et suscite l’ire des institutions qui le classent dans la “liste des films pornographiques ou d’incitation à la violence”. C’est autour d’un texte davantage biographique que l’on découvre ces jeunes actrices s’escrimer avec un engagement total et une bonne dose de folie. La metteure en scène et ses comédiennes redonnent une légèreté insoupçonnée à des situations souvent glauques tels les chapitres qui balisent l’essai, par exemple : “Impossible de violer cette femme pleine de vices” ou encore une forme de réhabilitation de ces créatures que sont les “porno sorcières”. Car elles figurent bien sur scène des “King Kong girl”, un être que l’auteure désigne comme métaphore d’une sexualité hybride et binaire, qui exclut toute distinction des genres… Mais la bataille n’est jamais gagnée d’avance et le mâle n’est pas prêt à céder sa place. MC Solaar le dit bien : “On dit gare au gorille, mais gare à Gary Cooper, le wester moderne est installé dans le secteur”.

 

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