Macbeth

Autres théâtres

  • Date Jusqu'au 1er mars 2015
  • Théâtre du Soleil Cartoucherie de Vincennes
  • de William Shakespeare
  • traduit et dirigé par Ariane Mnouchkine
  • musique de Jean-Jacques Lemêtre
  • avec la troupe du Théâtre du Soleil
Macbeth Soleil 1

Viennent de s’achever en ce début de mois les 30 dernières représentations de Macbeth de Shakespeare au Théâtre du Soleil. Le Souffleur y est allé pour vous et souhaite rendre hommage à cette maison des rêves. En attendant la tournée ?

 

 

La « poussière » du théâtre
Le théâtre du Soleil, qui vient de fêter ses 50 ans d’existence, est de ces maisons qui ont une vie, une famille, une histoire, un vécu. Le Soleil occupe une place unique dans le paysage théâtral français et rayonne largement à l’international. Durant toutes ces années, de nombreux spectacles feront date, n’en citons qu’un : 1789, créé en 1970 (cf. A.M. à propos de 1789) et spectacle inaugural de la troupe dans la Cartoucherie de Vincennes. Ce spectacle est parvenu à notre génération grâce au film qu’en a fait Ariane Mnouchkine en 1974, mais aussi par sa légende : joué pendant près de deux ans et avec une tournée internationale, il a eu 281 370 spectateurs, selon le décompte du Théâtre du Soleil lui-même. Ce succès public est certes dû à la qualité de ces créations fleuves uniques dans le paysage français. Une reconnaissance obtenue grâce à de longues luttes, parce que la troupe crée de ses propres mains et ouvre au public son propre lieu de théâtre. Elle parvient surtout à créer sur la longue durée des spectacles  joués sur des périodes d’exploitation exceptionnelles : alors que les représentations ont débuté le 30 avril 2014, Macbeth s’est joué  jusqu’au 1er mars et a déjà été vu par plus de 65 000 spectateurs.

 

 

De Shakespeare à Orson Welles

Macbeth (Serge Nicolaï) est un homme robuste, à la voix stridente et d’une épaisseur tragique qui sied au personnage. Nous le découvrons en chef de guerre, façon Martin Sheen dans Apocalypse Now qui harangue ses troupes et avance dans un champ de bataille rempli d’obstacles, suivi de son général Banquo. C’est là qu’ils rencontrent les sorcières, qui vont influencer durablement leur destinée : elles promettent à Macbeth d’être le futur roi et à Banquo d’avoir une descendance de roi.

On retrouve ici l’aspect épique et grandiloquent de Coppola, avec fumée, effets spéciaux et hélicoptères à la clef ! Mais il s’agit bien d’un spectacle vivant et en lieu et place d’un chant des Walkiries, nous avons ici le savoir faire de tous ces acteurs/techniciens qui font et défont des décors à très grande échelle comme s’il s’agissait de pièces de lego.

 

MAcbeth 2
Cette énergie, ce savoir-faire, sont exceptionnels et la marque de fabrique du Soleil. Mais cette démesure ne tient pas en haleine quatre heures durant et retombe par moments. Lorsque Malcolm et Donalbain fuient Macbeth puis souffrent de l’exil, on souffre avec eux. Mais l’essentiel n’est pas là, et cette folie meurtrière du héros de Shakespeare est palpable. On accompagne la destinée macabre de Macbeth, son ascension au pouvoir, les flash, les paillettes, jusqu’à l’ultime affrontement puis la déchéance. Si l’on ne sait plus dans quel cadre spatio-temporel l’on se trouve — entre une armée et un maquis très post seconde guerre mondiale, à des smokings et flashs mondains tout ce qu’il y a de plus contemporains — le cadre de scène semble cependant trop démesuré pour Macbeth, qui à force de gesticuler s’éloigne de nous et s’égare dans un registre certes très physique et viril, mais peut-être un peu forcé. Sans doute retrouve-t-on là les ingrédients du tragique dans son essence primitive, mais cette accumulation disperse le public, qui applaudit certes vigoureusement mais un peu moins chaleureusement que par le passé. Les compositions de Jean-Jacques Lemêtre semblent elles aussi plus anecdotiques et mises au second plan dans cette dramaturgie en mosaïque qui fait la part belle aux bruitages et sons enregistrés. Mais ce serait faire injure à la musicienne qui remplace ici le maître et la présence au plateau de cet arsenal de percussions reste d’une grande beauté.

 

 

Le double anniversaire que sont les 450 ans de Shakespeare et les 50 “premières années” du Soleil sont l’occasion de revenir à la sempiternelle question de l’approche contemporaine des classiques. Mnouchkine revient à Shakespeare avec qui elle avait atteint dit-on les sommets de son art dans les années ’80, mais avec une approche technique et contemporaine. Et malgré certaines réserves, respirons amoureusement (!) ces fameuses couches de poussière qu’évoquait Vitez :

 

En ce sens le mot qui aujourd’hui m’irrite le plus est celui de dépoussiérage (je veux dire : des classiques). Et non point parce que la mode change, mais parce qu’en effet il dit quelque chose que je refuse : l’idée que les œuvres seraient intactes, luisantes, polies, belles, sous une couche de poussière, et qu’en ôtant cette poussière on les retrouverait dans leur intégrité originelle. Alors que les œuvres du passé sont des architectures brisées, des galions engloutis, et nous les ramenons à la lumière par morceaux, sans jamais les reconstituer, car de toute façon l’usage en est perdu, mais en fabriquant, avec les morceaux, d’autres choses.“
“Des Classiques”, Écrits sur le théâtre.

 

 

Une tribu

Au-delà de spectacles, Le Théâtre du Soleil a créé une philosophie propre, maintes et maintes fois copiée et qui inspire surtout bon nombre de compagnies dans le monde entier. L’on aperçoit toujours aujourd’hui Ariane Mnouchkine à l’entrée du théâtre pour accueillir le public. Celui-ci ne marche plus dans la boue du parc floral pour atteindre la Cartoucherie, mais peut toujours compter sur les plats préparés par la troupe et souvent servis par certains des acteurs que l’on retrouve ensuite sur scène. Cette tribu, qui compte ce soir près de 40 acteurs et une musicienne sur scène, est organisée depuis les années 70 en Scop (société coopérative et participatives) où tous sont censés recevoir le même salaire. Le Monde a rendu en avril 2014 un bel hommage à ce lieu unique dans une série d’articles qui portent bien leur nom, Le Théâtre du Soleil, utopie durable et flamboyante.

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