Circé

La Loge

  • Date Du 17 au 20 février
  • Ecriture et mise en scène Natalie Beder
  • Création lumières Vera Martins
  • Création sonores Lori di Pervio
  • Avec Jeanne Alechinsky, Mathieu Barbet, Karim Bensalah, Antoine Berry Roger, Antonia Buresi, Pierre Cachia, Eva Hernandez, Clémence Larsimon, Laurent Marion et Marie Schmitt.
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Ils sont beaux, jeunes et plein de talents. Ils n’ont pas froid aux yeux et osent se jeter en scène sans le parachute réconfortant de la répétition. Ils sont la compagnie Désordres et ont présenté à La Loge, Circé, un texte farfelu sur l’épisode homérique opposant Ulysse à la terrible magicienne. Une prise de risque à saluer !

 

Ces comédiens-là pourraient s’appeler des Sans-distribution-fixes. Chaque soir, un tirage au sort sur des bouts de papier rose pailletés désigne à chacun son rôle. Une seconde pour reprendre son souffle et paf ! Alea jacta est. La pièce est en marche. Ulysse, aux accents américains, enfile un long blouson en cuir tandis que les trois acteurs jouant les soldats changés en cochon par Circé rechignent à porter leur masque-groin. Dans ce joyeux bazar d’une troupe qui monte un spectacle, le rôle du narrateur, endossé ce soir-là par Clémence Larsimon, s’apparente à celui du metteur en scène. Frêle et effacée, elle tente de contenir les égos des uns et les angoisses des autres. Comme les pleurs d’Hermès, dieu qui a peur de faillir à sa mission et de condamner Ulysse à une mort certaine.

 

Ce texte, lauréat du concours de l’encre sur le feu 2014, est né de l’imagination fertile de Natalie Beder. Présente aussi à la mise en scène, elle ne se refuse rien, surtout pas les idées les plus incongrues et ridicules. Un Ulysse aux allures de star américaine ou une Circé et sa servante nymphomaniaques ne sont que la partie immergée de cet iceberg hurluberlu. En jouant finement sur la cassure du 4e mur, les acteurs s’autorisent quelques improvisations, dont certaines joyeusement bienvenues. Pour le public, les farces en tous genres et les tempéraments diamétralement opposés  de ces personnages commedia dell’arte moderne sont un régal. Même la crise économique, devenue protagoniste, réussit à nous faire hurler de rire (la garce !). A travers nos rictus et risées, se dessinent en filigrane le parcours du combattant enduré par chaque troupe pour monter une pièce. Mais si le rire est un baume bienfaiteur, nous spectateurs de la Loge ne pouvons qu’avoir aussi en tête le triste et funeste destin de ce lieu de représentation, en manque de subventions. Crise économique (politique), on vous dit !

 

Malheureusement le dernier tiers de la pièce manque de punch ! Comme une équipe essoufflée après la mi-temps, la troupe peine à donner de l’entrain à leur final. Une fois la magie du grand n’importe quoi passée, l’intrigue n’arrive pas à nous tenir en haleine. Les deux scènes de conclusion n’ont plus cette pétillante insolence du début. Une broutille en comparaison de l’excellent flot d’énergie donné à l’envie par les comédiens au départ. Tant et si bien que nos repères se brouillent. Ont-ils réellement laissé à Athéna le choix de la distribution ? Un mince sentiment d’entourloupe nous saisit, car en Circé, nous aurions difficilement vu une autre comédienne qu’Antonia Buresi. De même pour Antoine Berry Roger en Crise économique ou Eva Hernandez en Hermès. Les minces cafouillages sur le texte ou les quelques répliques tombant à plat car non-maitrisées par tel comédien nous rassurent sur la véracité des intentions. C’est le grand saut dans le bain chaque soir. Malgré cela, il faut bien le reconnaître, chacun est bon dans son rôle du moment. C’est la magie troublante du théâtre qui seule nous pousse à croire que les traits et les manières de cet être devant nous ne peuvent être que ceux de Circé et que tel autre n’aurait jamais pu les interpréter aussi bien. Voir en ce personnage une autre figure humaine nous bousculerait totalement, car ce serait renier au personnage sa matérialité, sa forme et sa chair qui lui donnent vie sur la scène. Peut-être est-ce là la véritable force de ce spectacle : prouver que le théâtre est  – et sera- toujours le lieu des possibles.  Soit détruire la distanciation par la distanciation elle-même.

 

Casting du soir de notre représentation :
Servante : Jeanne Alechinsky

Ulysse : Mathieu Barbet

Crise économique : Antoine Berry Roger

Circé : Antonia Buresi

Les quatre porcs-cochons : Pierre Cachia, Laurent Marion, Karim Bensalah et Marie Schmitt

Hermès : Eva Hernandez

Narrateur/narratrice : Clémence Larsimon

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2 Commentaires

  1. P. - 22/02/2015

    Il y avait un 4e porc qui était joué par Karim Bensalah! ^^

    • Amandine Pilaudeau - 22/02/2015

      Oups !

      Mon souvenir me disait qu’il n’y avait que trois cochons. Comme quoi les contes de fées nous perturbent bien plus que nous voulons le croire… Merci beaucoup.